
L’escalier qui va de la rue des Couronnes au passage Piat par une quintuple volée de marches à Belleville (Paris 20e) est photographié par Willy Ronis entre 1948 et 1950. Les affiches du marchand de tapis (de luxe) de Kairouan ne permettent pas de dater plus précisément. Ce qui me frappe, c’est la clôture métallique, une double rangée de grillage qui fait de l’escalier un passage de frontière. Ce qui n’empêchait pas les enfants, comme me l’a dit Alain Lafarge, de glisser du haut en bas du coteau par temps de neige ou de boue. La maison au centre de l’image parait vide, vigie abandonnée dans cet espace promu à la destruction. En réalité, une deuxième photo de Ronis, en plan plus rapproché dans le passage Piat, permet de voir une femme à la fenêtre grande ouverte. Malgré des conditions difficiles, la vie se poursuit dans les lieux jusqu’au début des années 70 et l’arrivée progressive des pelleteuses. Ronis devait trouver intéressant cette perspective et ces arbres en tenue hivernale (ou début de printemps avec leurs premières feuilles ; les deux hommes qui se croisent, l’un en veste et l’autre bras nus ne nous aident pas). Tout cela est intégré aujourd’hui dans le parc de Belleville.
Ronis n’a pas retenu cette photographie dans les six albums (590 photos), qu’il considère comme son œuvre définitive, donnés à l’État entre 1985 et 2006.
