Famille de zoniers Porte d’Italie, photographiée par Eugène Atget en 1912.Cette photographie constitue la planche n°14 de l’album Zoniers conservé à la Bnf.
Après avoir réalisé une série d’images Porte d’Ivry sur le boulevard Masséna en 1910, Atget revient à quelques centaines de mètres deux ans plus tard, mais cette fois, il entre directement sur ce qu’on appelle la zone, une bande de terre inconstructible en théorie au-delà des fortifications, espace en marge, avec des secteurs de petites baraques d’ouvriers et d’autres, plus ouverts sur lesquels des familles nomades se sont installées. Cette roulotte un peu à l’écart, dans un style diligence, en tôle et en toile, avec ce qui ressemble à un auvent sur le côté, devait l’attirer. Il avait photographié deux ans plus tôt quelques voitures aperçues sur la zone et en avait placé deux dans un album vendu ensuite à la Bibliothèque Nationale, La Voiture à Paris. Visiblement les voitures l’intéressent toujours mais ici s’y ajoute un portrait de famille, un genre nouveau pour lui. Je n’imagine pas que cette photographie ait été réalisée sans cette intention, le portrait d’une famille de Romanichels (le mot est introduit dans la langue française en 1844) qu’il a fallu rassembler, et négocier peut-être les emplacements de chacun pour équilibrer l’image. Tout le monde a l’air satisfait, quelques-un.es sourient. Il manque l’homme, ou les hommes ; il est difficile d’évaluer s’il s’agit d’une famille unique, élargie ou de deux groupes vivant dans la proximité.
Il en résulte un cliché très compact, la roulotte, les personnages en triangle, les instruments de leur pauvreté, bassine, chaudron, et l’impression d’une grande étrangeté même si l’actualité de ce billet nous sensibilise au confinement, avec les exemples qui surgissent de vies entassées. On peine cependant à penser la vie dans cette voiture à l’attelage toujours prêt.
