Conversation : c’est un mot qui revient souvent dans nos échanges avec Thierry. « Échange de propos, naturel et spontané » dit le dictionnaire Robert qui semble indiquer que de conversation, il ne saurait en être autrement qu’à l’oral. Et pourtant, Dans l’épaisseur du paysage est une conversation épistolaire, une relation e-pistolaire propose même Thierry (page 26) puisque nous avons correspondu par courrier électronique pendant ces deux années.

Dans la rencontre qui eut lieu chez Loco, à Paris, le 7 décembre dernier, il était aussi question d’une conversation, animée par Raphaële Bertho. Éric Cez dit un moment qu’il retrouvait dans ces échanges le ton de notre conversation dans le livre.

Que faut-il donc pour converser ainsi, c’est-à-dire échanger des informations, des idées, comparer des points de vue, répondre à des questions, dans la durée, avec une certaine constance ?

Conversation vient du latin conversatio que le Robert traduit par « fréquentation » comme dans les expressions « Avoir de bonnes, de mauvaises fréquentations. Surveiller les fréquentions de ses enfants ».

Le paradoxe dans notre cas, c’est que Thierry et moi ne nous fréquentions pas. Nous avons conversé d’abord, une fois, un après-midi du 28 juin 2001 ; j’avais organisé une table-ronde sur la photographie de l’estuaire de la Loire. Il demeure les traces de ce lointain échange. Puis c’est une autre conversation qui reprend, en commentaire sur ma page Facebook, puis sur Messenger, le 18 mai 2015, puis par mail à partir du 17 décembre. Entre temps, je rencontre Thierry au vernissage de son exposition dans le cadre de la Quinzaine Photographique de Nantes. Sans doute, à partir de cette date, il devient possible de parler en terme de frequentatio.

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Conversation avec Raphaële Bertho ©Marie-France Le Marec

La fréquentation peut fournir à la conversation sa dimension humaine, son épaisseur. Les échanges peuvent alors dépasser une correspondance faites de lettres monologues plus ou moins espacées. Ils constituent un dialogue – autre mot que le Robert définit, parmi d’autres occurrences, comme « un ouvrage littéraire en forme de conversation » – avec ses retours, ses incises, ses implicites aussi. Comment ne pas décourager le lecteur avec un sous-texte introuvable ? Quand nous avons décidé de les publier, cette question des implicites fut d’ailleurs un vrai problème qui, je l’espère, a trouvé sa solution avec temps en temps, en addenda, des extraits de nos blogs respectifs.