Dimanche 19 novembre, à Saint-Nazaire, j’ai offert un exemplaire de notre livre à Patrick Boucheron.

Depuis trois jours, à Saint-Nazaire, c’est Meeting continu, les journées annuelles de la Maison des écrivains étrangers et traducteurs, présidée par Patrick Deville, et justement, ce dimanche, il était prévu une conversation entre cet écrivain et un historien, Patrick Boucheron, sur le thème de la littérature et de l’histoire, poursuivant ainsi un dialogue entamé entre eux aux Rencontres de Fontevraud en 2016.

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Patrick Boucheron, je le lis avec assiduité et bonheur depuis son Léonard et Machiavel (Verdier, 2008). C’est un historien de la construction des pouvoirs en Europe du 13e au 16e siècle et il a été élu en 2015 dans la plus prestigieuse institution scientifique française, le Collège de France. Ce qui le caractérise et le porte régulièrement sur le devant de la scène, c’est sa volonté de penser un va-et-vient constant entre son travail pointu de médiéviste et sa position citoyenne dans l’espace public comme en témoigne son livre écrit conjointement avec Mathieu Riboulet, Prendre dates (Verdier, 2016).

Pour lui, l’histoire doit aider à penser les questions qui se posent à nos sociétés en apportant cette dimension critique propre aux travaux scientifiques et dont l’objectif n’est pas de valider des certitudes, ou de suivre les dérives d’un roman national,  mais, au contraire, d’infuser cette dimension d’intranquillité nécessaire à la vigilance citoyenne.

Pour autant, c’est bien le travail scientifique de Patrick Boucheron qui m’a souvent guidé ces dernières années, particulièrement depuis mon choix d’écrire sur la photographie à partir de ma position d’historien. Boucheron est une référence récurrente sur mon blog et dans mes conversations i-pistolaires avec Thierry et c’est la raison pour laquelle j’ai tenu à lui donner notre livre.

À la page 21-22 du livre, j’écris « Pendant des décennies, j’ai pensé avec l’histoire, la sociologie, l’anthropologie, avec le nom et les livres de grands chercheurs, ceux qui débordent encore de ma bibliothèque, que je regarde avec amour et que je saisis toujours avec l’assurance de pouvoir apprendre. Maintenant, je sais aussi – après bien d’autres, j’en suis conscient – que les arts, les arts plastiques notamment, la photographie en particulier, nous apportent des dispositifs cognitifs qui nous permettent de poser des problèmes et d’apporter des éléments de réponse qui vont parfois au-delà des capacités rhétoriques de l’écriture scientifique. Des historiens comme Carlo Ginzburg ou Patrick Boucheron ont suffisamment insisté là-dessus pour que je puisse me permettre de le dire à mon tour. Ils parlaient de la littérature. Je parle aujourd’hui de la photographie. »

C’est d’ailleurs avec ces mots et un grand plaisir que je lui ai tendu Dans l’épaisseur du paysage en le remerciant pour ce qu’il est possible d’appeler un réarmement de l’histoire, avant de l’entendre converser avec Patrick Deville et défendre avec cette tonalité, ce phrasé, cette richesse de vocabulaire et ces métaphores puissantes, bref, ces procédés littéraires qui témoignent, comme il l’a écrit, que l’histoire est toute entière un art d’exécution.